Au fait, cette occasion qu'on attend depuis longtemps, c'est le concert de Tokio Hotel à Genève. Déjà qu'ils l'avaient annulé au mois de mars, on ne ratera pas celui-là. Comme toute fan, on espère pouvoir les rencontrer un jour mais malheureusement pour nous, chaque tentative s'est soldée par un échec. Au début, on a fait tous les concours possibles pour gagner une rencontre... A chaque fois raté ! Ensuite, les filles se sont décidé pour leur écrire ; mais elles étaient tellement stressées qu'ils puissent voir leurs têtes et de ne pas pouvoir voir leurs réactions qu'elles n'ont pas envoyé la lettre. Après ça, on a aussi essayé de trouver une personne qui pourrait les approcher (securitas, traiteur ou journaliste) mais décidément, nos proches font tous des métiers inutiles ! Finalement, on a décidé de monter un groupe de rock pour devenir célèbre... J'essaye de vous expliquer ce qui s'est passé ? Ben Virginie, ma s½ur s'est essayée à la batterie. Elle a manqué de se crever un ½il en voulant faire la maligne et lancer ses baguettes dans les aires. Du côté des guitares, moi, Géraldine, je me suis tordu un doigt en l'accrochant dans les cordes et Murielle s'est fait une tendinite à cause de la basse. Finalement, Delphine a eu une extinction de voix en tentant de chanter « Ich brech aus ». Bref, on a laissé tomber. Alors ce concert, c'est tout ce qui nous reste pour un jour pouvoir les approcher
Après quelques minutes, elles arrivent pour tenter d'avaler quelque chose avant le départ.
Elles, c'est ma s½ur et une de ses amies : Virginie et Deplhine. En temps normal, elles sont trois mais Murielle n'a pas pu venir : en vacances avec ses parents. Nous aurions bien fait le chemin jusqu'en Italie pour la kidnapper juste pour le concert mais on était même pas sûre du chemin... J Du coup, on a décidé d'essayer de lui ramener un autographe de son chéri, Tom. Ça va pas être simple, mais c'est ce qu'on s'est promis pour la réconforter... ( A vrai dire, le mieux serait de lui ramener Tom à la maison... Mais je crois qu'elle ne supporterait pas le choc alors... ). Enfin, ensemble, elles forment le trio de 3 amies inséparables, malgré quelques petites frictions à cause de leur caractère différent.
Ma s½ur est une grande blonde foncée de 17 ans, avec un piercing à la lèvre (j'ai réussi à la convaincre J). Elle a un caractère totalement opposé au mien : elle est affectueuse, le plus souvent d'une énergie calme et terriblement timide. Elle s'ouvre aux gens à partir du moment où elle les connaît mieux ; mais une fois ouverte, on peut plus la refermer ! C'est ma petite sangsue préférée pleine d'énergie.
Quant à Delphine, c'est la petite noiraude aux yeux bruns de 18 ans. Je la connais moins vu que je ne suis que la grande s½ur (et ça se respecte une grande s½ur ! lol) mais c'est quelqu'un qui a un caractère bien à elle. Elle peut s'énerver aussi vite que son ombre ! J Comme Virginie, elle garde une part de timidité en elle... sauf quand un beau mec passe devant elles, là, on peut plus les tenir !
Quand à moi, je suis l'autre grande blonde clair du groupe. Avec mes 22 ans, je suis la voix de la sagesse des filles, même si c'est plutôt ma s½ur qui doit me raisonner parfois tellement je fonce tête baissée dans les obstacles. J'ai trois piercings ( nez, nombril et langue) et j'avoue qu'il n'y a pas grand chose qui me fait peur.
Malgré ces quelques différences, deux choses nous rapprochent : le shopping et Tokio Hotel !!!
Alors qu'elles arrivent dans la cuisine de mon appartement, je sens l'impatience monter en elles. Je me dis que ce soir, je ne vais pas les reconnaître pendant le concert. J'aurais le droit à deux hystériques totalement à côté de la plaque pendant 3 jours. Et moi ? On verra comment je vais réagir. Faut dire que Tokio Hotel ne m'intéresse que depuis quelques mois. A force d'entendre ma s½ur hurler leurs paroles dans la chambre du dessus, fallait bien que je m'y intéresse aussi. Grosse erreur : ça me coûte toujours plus cher. Entre les deux cds, le billet d'entrée au concert et les nombreux magasines, c'est une passion presque plus coûteuse que le shopping !
Enfin, on remplit les sacs d'eau et de provisions. Chacune va 3 fois aux toilettes, pour éviter les allers-retours plus tard puis finalement on se dirige vers l'entrée, jusqu'à en oublier Jean-François, tellement concentrées sur la tâche qui nous attend ces prochaines 14 heures : écraser les groupies et se frayer un chemin jusqu'au rang le plus proche de EUX.
J-F, pour les intimes, c'est le petit Québecois qui a eu le malheur de venir passer ses vacances en Suisse alors qu'il y avait un concert de Tokio Hotel. A le voir après son 2ème café pour tenter de se réveiller (il imagine toujours que ces heures d'attente sont un cauchemar et qu'il va enfin se réveiller chez lui), il me fait un peu de peine. Il n'est pas spécialement fan de ce groupe et pourtant, il va vivre cette journée comme un fan. Il pourra toujours nous servir de garde du corps en cas de problème... Mais pas trop proches, il ne faudrait pas que le groupe croit qu'on est pas célibataire ;)
-Allons-y ! leur dis-je finalement.
J'entends les filles pousser des petits cris stridents derrière moi alors que J-F s'oppose à elles par des plaintes rauques. La journée va être longue.
Une heure de trajet plus tard, nous voilà à l'Aréna. La journée commence : il est 6h30, le concert est à 19h30. Ici, c'est le chaos : je pense qu'il y a déjà environ 150 personnes. Les gens se marchent dessus, certains dorment à même le sol dans des couvertures de survie et les filles là depuis 8 jours ressemblent plus à des ours perdus dans la civilisation qu'à des êtres humains. Cependant, on remarque tous qu'il n'y a pas besoin d'être là depuis 8 jours pour ne plus ressembler à un être humain. A côté de nous s'asseyent trois personnages totalement hors normes : il est 6h du mat' avec à peine 15° dehors et on voit débarquer des choses armées de mini-jupes roses et de grandes chaussettes noires en train de se faire des mèches au mascara. Ça ne doit pas être humain ce genre-là, ça couine, hurle et pousse des cris d'hystérie alors que rien ne se passe ; peut-être est-ce vivant ? Je préfère même pas me l'imaginer... Virgine me tire alors de mes pensées :
- T'imagines si on doit passer les prochaines 14 heures à côté d'elles ?!
- Autant les achever directement, répond Deplphine.
- Ok, je tiens et toi, tu frappes !
Quant à moi, je me répète inlassablement : « Mais qu'est-ce que je fous là ? » Et de toute évidence, ce doit aussi être l'avis de Jean-François qui regarde cette folie autour de nous.
Le temps passe lentement... Virginie et Delphine s'imaginent déjà le concert :
- Et si on leur sautait dessus au concert ? propose Virginie
- T'es fou ?! J'oserais jamais et pis, j'suis un peu trop petite, faudrait me lancer sur la scène.
- J'suis sûre que je peux y arriver.
- Mauvaise idée. Les secu vont te tomber dessus dès la première occasion, leur dis-je en gâchant leurs rêves de pouvoir s'accrocher à Bill ou Gustav.
Voilà tout l'avantage d'être quatre filles différentes : chacune a pris son chouchou dans le groupe. C'est plus simple et ça évite les embrouilles. Virginie a craqué pour le petit Gustav avec ses milles et une casquettes. Il semblerait que la timidité l'ait rapproché du plus effacé des membres. Pour Delphine, c'est plutôt Bill, le chanteur androgyne qui semble ne chercher que la muse qui lui inspirerait ses plus grandes chansons ; un rôle qui convient à Delphine. Murielle a craqué pour Tom, le grand dragueur mais pour sûr que ses beaux yeux bleus le feront craquer tout de suite. Quant à moi, j'ai pris le dernier, Georg. Vivement que je puisse l'amener chez le coiffeur, mais sinon, je pense qu'on irait ensemble comme une plante et son pot ! J
La journée passe ainsi tranquillement. On se trouve une place tranquille ; couchées, on attend, on sent que la tension monte. Jean-François ne sait plus quoi faire entre dormir et lire. Le choix des occupations est aussi difficile que limité.
Soudain, l'hystérie devient totale. Je me tire de mes rêveries en sursaut. « Que se passe-t-il ? » Je vois toutes les filles sortir leur décolletés, se remaquiller et foncer droit où nous sommes assis. « Au secours ! On va mourir étouffées ! »
- « Que se passe-t-il ? »
J'essaye d'interroger autour de moi... Mais toutes sont fixées sur un immense truc noir qui avance lentement le long des barrières où nous sommes assises : le bus de TH !!! Ils sont là derrière ? les fenêtres sont teintées, on ne distingue rien, pas une ombre, pas une silhouette. Mais pourtant, l'hystérie atteint son comble, puis finalement, le bus disparaît et tout le monde se rassied. Intérieurement, je me demande : « Georg était-il là ? M'a-t-il vue ? » Jean-François dort toujours, imperturbable. Delphine crie :
- J'espère qu'ils m'ont pas vue ! T'as vu la tête que j'avais ?
Virginie n'écoute même pas :
- Y'avait Gustav ! Je suis sûre, il m'a sûrement vue ! Qu'est-ce qu'il était beau !!!
Mais Jean-François redescend tout le monde sur terre :
- Les vitres étaient fumées, donc beau ou pas, tu peux même pas le savoir. Et non, ils vous auront pas regardé, sauf pour voir 3 hystériques derrière des barrières, trempées et bientôt malades.
Calmées, on se rassied. Quel rabat-joie celui-là ! Enfin... l'après-midi commence. Entre deux rêves, je discute avec Delphine et Virginie :
- Il pourrait quand même venir nous dire coucou à la fenêtre, se plaignent-elles. Ça ferait passer le temps !
- Ecoute, hurle Virginie, ils font les réglages !!! AAAAAAHHH IIIIIHHHH j'entends la batterie. Gustav n'a jamais été aussi loin de moi.
- Pfff, j'entends pas Bill chanter... Pourrait augmenter le son !
- Tu crois que Georg est là aussi ?
Le rythme s'accélère. Les portes vont bientôt s'ouvrir. On en profite pour cacher nos affaires, parapluie et glacière dans un coin. Devant, on se presse, on se pousse et après 2h d'attente debout, on entre d'un pas rapide, au pas de course, puis finalement en sprint pour dépasser celles qui arrivent de tous les côtés dans la salle. Jean-François n'a pas suivi. Tant pis, on le retrouvera à la sortie. On essaye de pousser tout le monde, mais rien à faire, on se retrouve coincée au centre de la salle, pas trop loin mais pas assez près à notre goût. Déception... Mais maintenant, il s'agit de ne pas tomber dans les pommes avant le concert (et même pendant d'ailleurs... On veut pas avoir attendu tout ça pour rien !). Je surveille ma s½ur qui me paraît blanche pendant que Delphine tente tant bien que mal d'atteindre une place où elle voit mieux la scène.
Soudain, les lumières s'éteignent et les cris des filles deviennent insoutenables ! « Ils vont arriver ! Ils vont arriver ! » J'arrive même pas à croire que c'est moi qui devient excitée comme ça. Les voilà, sur scène, face à nous, si proches et pourtant si loin : Bill, Tom, Georg et Gustav. Si je ne me sentais pas comme une sardine dans une conserve, j'aurais l'impression qu'ils sont là que pour nous... Rendons-nous à l'évidence, nous sommes 10'000 rien qu'ici. La concurrence est rude.
Nous passons le concert sur un nuage. Georg regarde dans notre direction mais Gustav garde les yeux plantés sur ta batterie. Virginie manque de lui crier : « Didons, t'as pas remarqué toutes les filles qui sont autour de toi ou bien ?!?!? ». Dans un dernier effort pour nous faire remarquer, Virginie porte Delphine sur ses épaules et là, le temps s'est arrêté. Alors que Bill, assis sur le devant de la scène, entame une chanson avec son frère, il semble la remarquer, notre petite brunette et lui adresse son plus beau sourire et en prime, un clin d'½il ! Delphine est soudain muette, impossible pour lui de parler ou de crier (je m'inquièterai presque de savoir si elle respire encore). Virginie la redescend et lui demande :
- Qu'est-ce qui se passe ?
- Il m'a vue ?
- T'es sûre ? je l'interroge à mon tour.
- Oui, pas possible autrement, j'étais la seule à être sur des épaules. Mon dieu, il m'a vue... il m'a vue ! il m'a vue !!!
- Et Gustav qui lève toujours pas la tête de sa batterie...
- On verra ça après, profitons du concert pour l'instant, dis-je en essayant de ramener Delphine dans la réalité, en vain.
Après 1h40 de folie furieuse, le concert est fini. Jean-François ne veut plus que rentrer pour dormir. Je suis obligée de tenter de raisonner les filles pour ne pas attendre les gars à la fin du concert, même si j'en meurs d'envie aussi ; histoire de sauter sur Georg et partir loin les deux sur une île déserte où nous pourrions manger des noix de coco ensemble et... (ouh là là je m'égare. Reprenons). Donc je négocie une heure de plus avec J-F mais malgré ça, personne ne semble vouloir sortir de l'Aréna sinon toujours plus de fan.
Le voyage de retour est épuisant : entre l'euphorie du concert et la fatigue de la journée, tout le monde s'endort pendant que je ramène tout ce petit monde à la maison. A ce moment-là, personne ne pense à ce que nous avons oublié...


